Le Circaète Jean-le-blanc

Alors que nous roulions de retour de la réserve de Printegarde (26) avec l’ami Alain Ji, j’aperçois une buse qui survole un champ et qui fait s’envoler une dizaine de corneilles apeurées.

Je m’arrête, ouvre la vitre et prend mon boitier. Sans réfléchir, je commence à la prendre en photo, tout en me disant qu’elle est bien grosse cette buse et très blanche…

Puis, je la vois faire le vol du saint-esprit, ce qui n’est pas très courant pour cette espèce…Un doute me gagne mais le temps de prendre une autre photo et la voilà qui s’en va, sans doute inquiète du manège de ces deux olibrius qui lui braquent leur oeil noir droit dessus…

Ce n’est que de retour à la maison que je vois de plus près la photo et que je me dit qu’elle est vraiment bizarre cette buse…

Alain aussi, dans le même temps, m’envoie des messages et la certitude nous vient : ce n’était pas une buse variable très blanche mais un circaète Jean-le-Blanc !

IMG_7317A -Large-

Pourquoi ce drôle de nom me direz-vous ?

Si l’on en croit Henriette WALTER et Pierre AVENAS dans leur ouvrage La mystérieuse histoire du nom des oiseaux, le nom Circaète vient du grec Kirkos Aetos qui signifie « faucon aigle ».

Le circaète est un grand chasseur de serpents et, de ce fait, il jouissait au moyen age d’une image très positive auprès de l’Église qui voyait en lui un destructeur performant de cette émanation de Satan. Or, à cette époque, « Jean » (le disciple préféré du christ) était le surnom donné aux gens habiles et adroits.

On retrouve cette étymologie liée au serpent dans les autres noms du circaète :  Snake eagle en anglais, Schlangenadler en allemand et celui de la couleuvre en espagnol avec Aguila culebrera.

Quand à « Le blanc », cela fait vraisemblablement référence à sa couleur dominante quand on le voit de dessous.

IMG_7316B (Large)

Le Circaète Jean-le-Blanc est un rapace de grande taille, mesurant environ 70 cm de long pour 1,70 à 1,85 m d’envergure. Son poids varie de 1,5 à 2 kg.

Il a le dessus des ailes brun et le dessous des ailes blanc. Le corps est parsemé de taches colorées, de couleur et densité variables suivant les individus (entre beige clair et marron foncé). Ces touches de couleur forment des lignes parallèles sous les ailes, et trois barres sous la queue.

Une bavette plus sombre s’étend du menton à la poitrine

La tête est plutôt large, ronde, avec un bec court et des grands yeux jaunes, ce qui lui donne un peu un air de chouette. En fait, la tête du Circaète diffère de celle des autres rapaces diurnes : les yeux sont plus gros et dirigés vers l’avant, ce qui lui confère une très bonne vision binoculaire.

IMG_7318C (Large)

La technique de chasse du Circaète est particulière : d’un vol plané, très lent, il survole une étendue de terrain dégagée, en scrutant le sol, à une hauteur moyenne (entre 50 et 200 mètres).

Dés qu’il pense avoir repéré quelque chose, il passe en vol stationnaire, de quelques secondes à plusieurs minutes, appelé « vol du Saint-Esprit » (en souvenir de la colombe de l’Évangile, encore une image religieuse…).

Pour cela, il s’arrête simplement sur place en étendant ses ailes, face au vent, en régulant constamment les filets d’air par des changements plus ou moins rapides de l’extension de ses ailes, leur angle d’incidence, l’écartement de ses rémiges ou de sa queue, le tout en essayant de garder la tête le plus immobile possible…Pas si simple…

Quand il a finalement repéré une proie à coup sur, il se laisse tomber en pliant ses ailes, généralement les pattes en avant, d’un piqué assez rapide.

IMG_7295C (Large)

Le circaète Jean-le-Blanc se nourrit presque exclusivement de reptiles, principalement des serpents, qui représentent 70 à 96% de ses prises. Ses proies préférées sont les grandes couleuvres (à collier ou d’Esculape). Une telle spécialisation est d’ailleurs un phénomène assez rare chez les rapaces.

D’après plusieurs travaux, l’estimation du nombre de serpents prélevés par un couple et son jeune par saison, serait de 700 à 800 individus. Il a même été observé des maximum de 1500 proies capturées…

Le Circaète Jean le Blanc est partiellement protégé des morsures par des écailles présentes sur ses pattes, et par l’épais plumage des cuisses et du corps. Mais, il n’est pas immunisé pour autant contre le venin et doit faire preuve d’habilité dans sa capture…

Il saisit le serpent dans ses serres et l’achève à coups de bec au niveau de la tête. Après la capture le serpent est ingurgité tout de suite s’il est de petite taille.

S’il est de grande taille, il l’emporte pour le digérer ailleurs. c’est pour cela qu’on aperçoit parfois un bout du reptile qui dépasse de son bec.

De plus, pendant la phase de rapprochement des partenaires, il arrive que le mâle laisse pendre une très longue portion de couleuvre hors du bec : il s’agit pour lui d’attirer la femelle, pour lui faire une « offrande » en vue de l’accouplement.

IMG_7319C (Large)

Le circaete est un oiseau migrateur. Dés la mi-aout, ils s’envolent pour l’Afrique de l’ouest où ils passent l’hiver jusqu’au printemps suivant.

En France, il ne niche qu’au sud d’une ligne reliant la Vendée au Jura en passant par la Sologne, l’Orléanais, le sud de l’Yonne et la Côte d’Or.

Toutefois, la majorité des couples sont fixés dans le sud-est : régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, sud de Rhône-Alpes et sud-est du massif central.

Le passage migratoire pour les oiseaux français s’effectue, en majorité, par les Pyrénées dont 80% par l’Est de la chaîne, puis le détroit de Gibraltar pour rejoindre ses quartiers d’hiver sud sahéliens.

IMG_7296B (Large)

Cette espèce a été moins persécutée que d’autres rapaces, du fait de sa « bonne réputation » de destructeur de serpents. Toutefois, les changements survenus dans les habitats à cause de l’augmentation de l’agriculture et de la déforestation, affectent les populations de certains pays.

Il bénéficie d’une protection totale sur le territoire français depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire. Il est inscrit à l’annexe I de la directive Oiseaux de l’Union européenne.

Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l’enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu’il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, colporter, de l’utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l’acheter.

Et puis, au delà de la réglementation et de sa bonne réputation pour un rapace, il est si beau à observer !

Même quand on le rencontre par hasard, et qu’on le prend pour une buse….

IMG_7292B (Large)

Sources, liens et remerciements :

La mystérieuse histoire du nom des oiseaux par Pierre AVENAS et Henriette WALTER

Le site de Marie-Christine Dehayes pour l’étymologie du Circaète

L’observatoire des rapaces de la LPO

Wikipedia

oiseaux.net

 

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :