La tomate et la Coeur de boeuf

La tomate qui voulait être aussi grosse qu’une coeur de boeuf

 

Une tomate transgénique vit une cœur de bœuf

qui lui sembla de belle taille et pleine de saveur.

Elle qui n’était pas plus grosse qu’un œuf

et qui n’avait ni originalité, ni odeur,

envieuse, décida de se colorer et d’enfler

pour égaler son modèle en goût et en grosseur.

Disant : « Regardez bien, mon cher acheteur,

ne suis point aussi belle que cette ancienne variété,

que vous rêvez de déguster tout au long de l’année ? »

Hélas, la supercherie enfla tant qu’elle n’éclata…

…que le portefeuille de l’acheteur lambda.

En effet, tout consommateur veut manger à foison,

des variétés qui n’ont plus d’anciennes que le nom…

 

Fable me direz-vous ?

Certes ce petit texte, librement inspiré d’une des plus célèbres fables de Jean de la Fontaine, en est une assurément. Et pourtant…

En effet, la tomate est devenue un enjeu majeur du marketing des supermarchés. Vous pensez que j’exagère ? Jugez par vous-même :

D’après les chiffres cités par Jean-François Arnaud dans un article de Challenge.fr, la tomate est le deuxième produit le plus consommé du rayon primeurs, derrière la pomme de terre. La grande distribution réalise ainsi entre 6 et 10% de ses ventes de primeurs avec la tomate. Il se consomme aujourd’hui plus de 14 kg de tomates par an et par habitant en France. Et ce marché pèse 1,3 milliard d’euros. De quoi motiver nos as du markéting…

D’autant plus que nous sommes des bœufs…Si, si et ce n’est pas une fable…

Nous voulons nous régaler de tomates toute l’année, ce qui pousse les distributeurs à s’approvisionner en Andalousie ou au Maroc avec des produits moins goûtus mais qui peuvent supporter le voyage et le stockage, et nous nous plaignons qu’elles n’ont plus le goût et la saveur de celles que nous ramassions mures l’été, dans le jardin de notre grand-père…

La quadrature du cercle me direz-vous ? Mais à cerveau intéressé, rien d’impossible…

Surfant sur la mode des légumes oubliés, la filière horticole bretonne s’est mise à produire en quantité industrielle des croisements de tomates ayant l’aspect des cœurs de bœuf ou d’autres variétés anciennes. A tel point, qu’avec les Pays de la Loire, ils représentent aujourd’hui plus de la moitié de la production française…Et ces variétés croisées ont un rendement cinq à six fois plus efficace à l’hectare…

On est loin du petit jardin méditerranéen de mon grand-père et de ses tomates pleines de saveur…

Et ce n’est que le début car derrière cette cœur de bœuf d’autres variétés contrefaites sont annoncées : la tomate ananas, la noire de Crimée, la green Zebra, la cornue des Andes, etc..

Et comme si ça ne suffisait pas, une guerre pour breveter les semences fait rage et nombre de petits producteurs traditionnels, qui avaient pourtant sauvé cette variété ancienne en conservant amoureusement les graines, se voient attaqués en justice par les industriels qui leur réclament des « droits d’auteur »…

En effet, la dénomination est vague en l’absence de fiche d’identité déposée au Groupe d’études et de contrôle des Variétés, (Geves), en charge de l’état civil des plantes en France. Il est donc très facile de s’en attribuer la paternité.

Et pour cause. Le nom véritable de la cœur de bœuf, c’est « cuore di bue » car elle est d’origine italienne.  Dès lors, tout peut s’appeler cœur de bœuf en quasi-impunité. Ce que déplorent des producteurs, qui y voient la source d’une concurrence grossière et de tromperie pour le consommateur.

C’est le cas, par exemple, de Jean Luc Danneyrolles qui, dès juin 2007, alertait les consommateurs dans un article de « Semences Paysannes » sur la pression exercée par ces industriels de la tomate sur les petits semenciers.

Il insistait également sur sa beauté, sa fragilité, sa saisonnalité limitée à l’été et son goût subtil. Tous ces éléments que la fausse cœur de bœuf ne possède pas avec sa peau épaisse et sa consistance farineuse …

Heureusement, comme dans la fable, la vérité finit par éclater…Ces tomates qui se voulaient aussi grosses et aussi belles que les anciennes cœurs de bœuf, n’en avaient pas la saveur…

Et le consommateur floué, s’en trouva fort marri, jurant, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus…

Du moins jusqu’à la prochaine fois…

5 thoughts on “La tomate et la Coeur de boeuf

  1. Bonjour Florent,

    La Coeur de Boeuf est ma préférée mais j’ai vraiment déchanté à vouloir l’acheter.

    Donc, je ne l’achète plus, je la vole à mes amis jardiniers, contre quelques Délicatesse, la pomme de terre qui pousse le mieux sur ma parcelle pleine de cailloux…

    Ma première « Coeur de Boeuf », c’est un amoureux qui me l’avait offerte, je ne savais même pas qu’il existait une tomate aussi grosse. Pour autant, je n’en ai pas tiré la conclusion qu’il avait un coeur de Boeuf….

    Bon appêtit !

  2. Effectivement la tomate coeur de boef que l’on nous propose dans les supermarchés…n’en est pas une: La vriaie coeur de boeuf ressemble vraimant à un coeur ! C’est un vrai plaisir d’avoir trouvé, rencontré, échangé avec des amoureux de la tomates et depuis 8 ans maintenant je produis environs 100 pieds de tomates. Je voulais de la saveur, mais aussi de la couleur et de la forme! et le plaisir d’offrir des pieds de tomates « oubliés » Alors toutes sont trés différentes et si certaines n’ont pas de valeur gustatives absolues, la plupart me font largement voyager et maintenant je sais ce que c’est que le gout des tomates! Et pis tant pis je mange pratiquement que mes tomates, je refuse d’en acheter au supermarché!On est consomacteur ou pas! Alors surtout même si vous avez un petit jardin, un petit balcon vous verrez c’est que du bonheur de suivre « sa » graine de fin janvier à fin aout pour gouter avec délices à ce fruit avant qu’il ne soit…défendus! Pfu!!!!!!

    • J’ignorais ta passion pour les tomates anciennes, il faudra en discuter; à l’occasion…

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