Le geai des chênes plus fort que l’ONF !

Si je vous disais que quasiment 60% des chênes qui poussent en France le doivent à un oiseau de moins de 190 gr, le croiriez-vous ?

Et pourtant c’est la cas ! Une étude de l’INRAE pour la revue « Forêt entreprise » a démontré qu’un corvidé présent dans nos forêts était à l’origine de cette entreprise de reboisement à grande échelle.

De quoi rendre jaloux tous les forestiers privés et techniciens de l’ONF qui font pourtant de leur mieux…

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Quel est donc ce magicien au service des forêt ? Il s’agit du Geai des chênes Garrulus glandarius ce qui veut dire le bavard – ramasseur de glands. Et vous allez voir que cet oiseau, en plus de bien mériter son nom, a au moins trois supers pouvoirs !

Tout d’abord, le Geai des chênes possède sous son bec, une petite poche dans laquelle il peut stocker les glands qu’il récolte. La capacité de cette poche est de quatre à sept glands qu’il peut transporter où il veut. Tout au long de l’automne, il se constitue ainsi des réserves, qu’il dissimule sous des racines, des mousses, à l’intérieur de souches d’arbre ou même sous des tapis de feuilles.

Malgré les facultés de l’oiseau a retrouver ses cachettes de glands, il reste des glands oubliés qui germeront en jeunes plants. Chaque oiseau disperserait 4 600 glands par an et des études ont montré que dans l’ensemble des régénérations naturelles contrôlées, 59% au moins des plantules sont issues de glands semés par le Geai des chênes (A. Ducousso et R Petit, Forêt-entreprise n°97,1994).

Une autre étude a montré que le Geai des chênes enterrait en moyenne les glands à plus de 500 mètres de l’arbre qui les a produit. Ainsi, après 5 siècles de cycles successifs de dispersion et de germination des glands, un vieux chêne peut potentiellement engendrer un massif forestier de 15 km de diamètre autour du pied mère…

Son second super pouvoir ? Et bien, non content d’être un arpenteur des forêts, il est capable d’en dresser une carte mentale incroyable ; Valérie Dufour, spécialiste des comportements des corvidés, a démontré que certains geais peuvent se remémorer 4 000 sites d’enfouissement …

Pour retrouver ses réserves, il mémorise des points de repère qu’il observe soigneusement. Lorsque les points de repère ne sont pas suffisants, il va jusqu’à placer à côté de sa cachette des petits cailloux qu’il utilisera comme autant de balises.

Imaginez une seconde que c’est l’automne et que vous avez devant vous un tas de 4 000 bonbons emballés. Vous les disséminez dans une forêt dans autant de cachettes ; au bout de quelques mois, l’hiver s’étant installé, vous voulez les retrouver pour survivre aux rigueurs de la saison. Combien croyez-vous que vous serez capable d’en retrouver ? 400 ? 500 ? 1 000 ? Ce serait déjà un exploit ! Alors presque 4 000…

Autre super pouvoir très apprécié de ses voisins, le Geai est la meilleure sentinelle de la forêt car il avertit par un « Shrreik » rauque et perçant les autres espèces de la présence d’un intrus. Ce cri peut être répété lorsqu’il est en groupe, et peut même tourner au vacarme en cas de présence d’un prédateur.

Il fait aussi des gloussements, des caquètements et d’autres sons rudes ou graves. Il sait aussi imiter le cri d’autres espèces d’oiseaux, notamment la Buse variable et même de mammifères comme le chat ou le cheval. À la fin de l’hiver et au début du printemps, il émet une multitude de sons inspirés de tous ceux qu’il a entendus dans la forêt ou à sa lisière. On dit que le geai garrule, cacarde, cajole, cageole, frigulote ou jase.

Bref, un vrai polyglotte des forêts !

Mais ce n’est pas tout : le geai aurait découvert le secret de la couleur éternellement vive !

Une équipe scientifique de l’université de Sheffield en Grande-Bretagne, a utilisé les rayons X du synchrotron européen de Grenoble pour étudier les fameuses plumes bleues et blanches du geai qui permettent de l’identifier à coup sûr. Ils ont découvert que les couleurs vives de son plumage étaient liées non pas à des pigments mais aux modifications de la nanostructure de ses plumes.

La plume du geai, qui va de la couleur ultraviolette au bleu vif en passant par le blanc, est constituée de kératine spongieuse, composée de nanostructures, identique à la matière des cheveux ou ongles. Les scientifiques ont découvert que le geai est capable de contrôler très précisément la taille des orifices de cette structure spongieuse, déterminant ainsi la couleur perçue de la plume.

Si les couleurs étaient formées de pigments, comme pour nos cheveux, la couleur des plumes se ternirait avec le temps, deviendrait grisâtre. Or, dans le cas du geai, la nature ayant développé une manière de créer des couleurs à partir de changements structurels, la nanostructure des plumes reste intacte, expliquant pourquoi le plumage du geai ne devient pas gris avec l’âge.

Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives dans la création de couleurs synthétiques pour les peintures et les vêtements, qui ne terniraient plus. Merci le geai !

Ah et puis une petite dernière qui n’a rien de scientifique mais qui me fascine à chaque fois que je le vois venir faire un tour à la mangeoire ; avec son gros bec de corvidé, il est capable de piocher, de décortiquer et d’avaler une toute petite graine de tournesol sans jamais la faire tomber… Et ce n’est pas le moindre de ses supers pouvoirs, croyez en un maladroit invétéré !

Et, en plus, il est beau, non ?


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Sources :

Le geai des chênes, premier reboiseur européen INRAE

LPO

Echo science Grenoble

Atlas de la biodiversité du Grand Auch

Wikipedia

2 thoughts on “Le geai des chênes plus fort que l’ONF !

  1. Ah, ça fait plaisir, ça faisait longtemps ! superbes photos. je ne pensais pas que les geais faisaient tout ça !

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