{"id":22,"date":"2022-10-19T23:42:54","date_gmt":"2022-10-19T21:42:54","guid":{"rendered":"http:\/\/glacas.fr\/desglac\/?page_id=22"},"modified":"2022-10-20T17:08:21","modified_gmt":"2022-10-20T15:08:21","slug":"introduction","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/glacas.fr\/desglac\/introduction\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9face de Fina LLORCA"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-842x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-101 colorbox-22\" width=\"473\" height=\"575\" srcset=\"http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-842x1024.jpg 842w, http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-247x300.jpg 247w, http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-768x934.jpg 768w, http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-1263x1536.jpg 1263w, http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-1684x2048.jpg 1684w, http:\/\/glacas.fr\/desglac\/wp-content\/uploads\/sites\/23\/2022\/10\/MMM-FLL-189x230.jpg 189w\" sizes=\"auto, (max-width: 473px) 100vw, 473px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><strong>Par Fina Llorca<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/visat.cat\/traduccions-literatura-catalana\/cat\/articles\/38\/20\/3\/fina-llorca.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/visat.cat\/traduccions-literatura-catalana\/cat\/articles\/38\/20\/3\/fina-llorca.html\" target=\"_blank\">Article extrait de Visat.cat<\/a><br>avril 2008<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">C'est un recueil dense, avec trois parties diff\u00e9rentes. L'image du d\u00e9gel, la r\u00e9cup\u00e9ration de la fluidit\u00e9 de l'eau qui, d\u00e9j\u00e0 dans les po\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents de Mar\u00e7al, repr\u00e9sente le f\u00e9minin par excellence, symbolise le retour \u00e0 la vie et au sens. Le d\u00e9gel peut survenir une fois que la mort du p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9e ou, plut\u00f4t, apr\u00e8s la mort de la \"loi du p\u00e8re\", qui est responsable de cette p\u00e9trification.\n\nLa premi\u00e8re partie fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un po\u00e8me de Sylvia Plath, \u00ab Daddy \u00bb, recueilli dans Ariel (1961), qui est le titre du long po\u00e8me que la po\u00e9tesse anglaise a d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re dans lequel elle le voyait comme un fasciste et elle-m\u00eame comme une juive ; l'homme \u00e9tait un \u00absac plein de Dieu\u00bb, un vampire dans le c\u0153ur duquel la fille parvient, dans les derniers vers, \u00e0 clouer le pieu et enfin \u00e0 le lib\u00e9rer et peut-\u00eatre \u00e0 s'en lib\u00e9rer.\n\nLe \"Daddy\" mar\u00e7alien est, d'autre part, une r\u00e9flexion sur le syst\u00e8me patriarcal que la notion de P\u00e8re peut incarner, mais en m\u00eame temps c'est une complainte, pour la mort du p\u00e8re r\u00e9el, Antoni, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 peu de temps auparavant et \u00e0 qui elle a d\u00e9dicac\u00e9 Llengua abolida. Le lieu o\u00f9 se situe la voix po\u00e9tique est celui de la fille pas tout \u00e0 fait ob\u00e9issante au P\u00e8re et \u00e0 sa Loi, qui t\u00e9moigne de l'appropriation patriarcale de la voix f\u00e9minine et lui r\u00e9pond par la parole dont elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9e. Mar\u00e7al exhorte son p\u00e8re \u00e0 ne pas endosser des r\u00f4les de pouvoir et propose l'utopie de \"deux \u00e9toiles jumelles\" la nuit, quand miracles et transformations sont possibles, deux \u00e9toiles brillantes pour d\u00e9passer la dichotomie symbolique entre le Soleil et la Lune. Le \"Daddy\" de Mar\u00e7al se termine par une berceuse \u00e9mouvante, dans laquelle les r\u00f4les s\u2019inversent : le p\u00e8re peut \u00eatre le fils et en m\u00eame temps la m\u00e8re ; la fille, la m\u00e8re. C'est seulement ainsi que le p\u00e8re peut \u00eatre distingu\u00e9 du P\u00e8re. Seul ce P\u00e8re symbolique, assimil\u00e9 po\u00e9tiquement \u00e0 l'image p\u00e9trifiante de l'\u00e9pervier, doit serrer les dents devant la dure parole de la fille. L'\u00e9chec et mat de la mort, image du premier po\u00e8me, doit permettre ce renouveau, ce commencement, comme le d\u00e9gel annonce le printemps.\n\nParmi les po\u00e8mes de \u00abDaddy\u00bb, il y en a deux o\u00f9 se manifeste pour la premi\u00e8re fois le cot\u00e9 f\u00e9mininiste de la po\u00e9tesse d\u00e9missionnaire de la parole sacr\u00e9e. Pour \u00e9crire le premier de ces po\u00e8mes, le \u00ab P\u00e8re-\u00c9pervier \u00bb, Mar\u00e7al aurait pu lire \u00ab A propos du Pater \u00bb, note sur le \u00ab Notre P\u00e8re \u00bb de Simone Weil, mais la sienne n'est pas, contrairement \u00e0 celle de Weil, une pri\u00e8re au Dieu fait homme qui ignore l\u2019\u00eatre f\u00e9minin sur Terre. L'\u00e9pervier mar\u00e7alien est une affirmation de l'\u00e9tranget\u00e9 f\u00e9minine \u00e0 propos d'une religion qui ne s'est jamais incarn\u00e9e dans le corps d'une femme. C'est une \u00e9nonciation po\u00e9tique faite du corps, du sang, aussi quotidien pour les femmes que le pain de tous les jours, un sang qui \u00ab coule au-del\u00e0 de vous dans le pr\u00e9sent \u00bb, inaper\u00e7u jour apr\u00e8s jour aux yeux de Dieu. C'est pr\u00e9cis\u00e9ment le sang, langage du corps, qui est la seule voix de la fille sans voix, sans mot, la voix du silence qui crie dans un monde et devant un dieu qui l'a spoli\u00e9e.\n\nLe second, \"P\u00e8re, pourquoi ne m'abandonnes-tu pas\", est une reformulation de la quatri\u00e8me parole de J\u00e9sus agonisant sur la croix. Le douloureux reproche du Fils fait homme dans les \u00c9vangiles devient ici la demande d\u00e9termin\u00e9e de la fille qui ressent l'absence du p\u00e8re comme une pr\u00e9sence envahissante et sans limite, qui l'oblige \u00e0 une \u00e9ternelle recherche obsessionnelle et st\u00e9rile autour de lui.\nUn troisi\u00e8me po\u00e8me, \u00ab J'ai une t\u00eate d'homme dans ma t\u00eate \u00bb, inspir\u00e9 d'un des portraits de Frida Kahlo, est une r\u00e9flexion sur la formation intellectuelle f\u00e9minine dans un monde patriarcal ; au final, une impasse. L'homme enferm\u00e9 dans le front du moi po\u00e9tique, comme dans le front de Frida la t\u00eate de Diego de Rivera, est ici, comme chez Sylvia Plath, un sac plein de Dieu, ou Dieu lui-m\u00eame, celui qui a l'\u0153il clairvoyant que , comme Mar\u00e7al l'a \u00e9labor\u00e9 dans Ra\u00f3 del cos, est un \u0153il autoritaire et, paradoxalement, aveugle.\n\nLa deuxi\u00e8me partie, \"Ombre de proie\", plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, est en quelque sorte le c\u00f4t\u00e9 sombre des po\u00e8mes, qui brillaient dans la pr\u00e9c\u00e9dente section. Ici, au contraire, plane la pr\u00e9sence de la mort et \u00e0 nouveau l'\u0153il de l\u2019\u00e9pervier ; la glace, la douleur, la guerre et la culpabilit\u00e9. Il y a cependant une d\u00e9claration de confiance dans le pouvoir des mots : \u00abAu milieu des murs d\u2019\u00e9cume, de ferraille \u00bb, qui se r\u00e9affirme encore dans \u00ab N'\u00e9trangle pas la petite qui vit, rebelle, en moi \u00bb, d\u00e8s la troisi\u00e8me partie. Une autre r\u00e9flexion sur la maternit\u00e9 avec un po\u00e8me du m\u00eame titre, part \u00e9galement d'un vers de Sylvia Plath, \u00ab jusque-l\u00e0 vos sourires \u00e9taient de l\u2019argent trouv\u00e9 \u00bb, que Mar\u00e7al contredit comme elle l'a fait avec tant de vers d'autres po\u00e8tes : \u00abD\u00e9s le d\u00e9but, ton rire n'a pas \u00e9t\u00e9 une monnaie facile\u00bb.\n\nLa troisi\u00e8me partie, \u00ab Contraban de llum \u00bb, qui contient le plus de po\u00e8mes, est une tentative de red\u00e9finition de l'amour qui est passion amoureuse ; mais c'est en m\u00eame temps un pacte, un compromis  primordial, de la place f\u00e9minine et des marges occup\u00e9es, dans la symbolique dominante, par l'amour homosexuel. Les coutumes de l'amour exigent un prix \u00e9lev\u00e9 pour eb franchir les fronti\u00e8res, mais les bagages de contrebande ne sont ni plus ni moins que lumi\u00e8re. Ce recueil de po\u00e8mes part en quelque sorte de l'avant-dernier po\u00e8me du pr\u00e9c\u00e9dent recueil de po\u00e8mes, Sal Oberta, o\u00f9 la voix po\u00e9tique demandait d'autres regards, d'autres mots, de nouveaux chemins. Maintenant, elle revendique \"un autre nom pour l'amour\". On pourrait dire que Desgla\u00e7 est l'\u0153uvre pour trouver, ou plut\u00f4t pour resignifier, le nom de l'amour. C'est un travail exigeant dans la pens\u00e9e et l'expression, avec des cr\u00e9ations insolites et \u00e9clairantes, comme la remise en question du mythe de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les sexes, d\u00e9sormais vue \u00e0 partir de l'alt\u00e9rit\u00e9 du f\u00e9minin amoureux contenue dans \u00abSi toi et moi nous nous additionnons, pi\u00e8ce par pi\u00e8ce \u00bb.\n\nLa veine populaire inspire une fois de plus \"El meu amor sene casa\" o\u00f9, \u00e0 travers la structure des phrases qui se r\u00e9p\u00e8tent et s'allongent et d'images in\u00e9dites troublantes, la voix po\u00e9tique semble scander une complainte exil\u00e9e : l'amour hors des normes n'a pas de place pour vivre, pas d'espace social pour se symboliser.\nDans Desgla\u00e7, les versets de la tradition sont \u00e0 nouveau convoqu\u00e9s et contredits. Le premier po\u00e8me est construit \u00e0 la mani\u00e8re des couplets d'Ausi\u00e0s March, mais il y a aussi l'\u00e9cho des vers de Vinyoli, de Dickinson, de l'admir\u00e9e Ren\u00e9e Vivien et une r\u00e9sonnance de Clarice Lispector.\n\nAvec ce recueil de po\u00e9sie, Maria-Merc\u00e8, comme elle l'\u00e9crit dans les mots qui pr\u00e9c\u00e8dent Llengua abolida, consid\u00e9rait qu\u2019un cycle po\u00e9tique \u00e9tait referm\u00e9. En effet, commence alors une p\u00e9riode de r\u00e9flexion dans l'\u0153uvre de Mar\u00e7al, dont l'\u00e9criture va se cristalliser dans le roman, La passion selon Ren\u00e9e Vivien. Cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas continu\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes ; dans le recueil posthume Ra\u00f3 del cos, nous pouvons en lire quelques-unes qui r\u00e9cup\u00e8rent l'empreinte effac\u00e9e des femmes dans l'histoire, et aussi dans l'histoire sacr\u00e9e. Sa maladie et sa propre mort se lisent transmut\u00e9es en passion f\u00e9minine jamais signifi\u00e9e au monde dans quelques po\u00e8mes qui s'adressent \u00e0 une M\u00e8re divine, proscrite et supplant\u00e9e par le Dieu m\u00e2le qui, selon Mar\u00e7al, ne cesse de veiller d'un oeil glac\u00e9. La po\u00e8te fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'\u0153uvre d'Akhmatova et \u00e0 la tradition des penseurs religieux du Moyen \u00c2ge \u00e0 Simone Weil, en phase avec la pens\u00e9e de la contemporaine Luisa Muraro.\n<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Fina Llorca Article extrait de Visat.catavril 2008 C&rsquo;est un recueil dense, avec trois parties diff\u00e9rentes. L&rsquo;image du d\u00e9gel, la r\u00e9cup\u00e9ration de la fluidit\u00e9 de l&rsquo;eau qui, d\u00e9j\u00e0 dans les po\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents de Mar\u00e7al, repr\u00e9sente le f\u00e9minin par excellence, symbolise le retour \u00e0 la vie et au sens. 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